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BHV expliqué aux français par un journaliste français qui connait , parle et comprend le néerlandais.

Un article de Gregory Janssens Mise en ligne le 26 août, 2010   |   Dernière mise à jour : 24 jan, 2011 à 3:08 .

Imaginez que de l’autre côté du périphérique parisien l’on parle flamand, et qu’à Boulogne-Billancourt, qui compterait 80% de Francophones, il soit interdit à ces derniers de parler français au conseil municipal, sous peine de poursuites.

Cet article n’est pas de moi, il est signé Libération en juin 2007. Malgré qu’il ait fait le tour du web je pense important de le ressortir tant j’entends souvent des français me demander : explique moi un peux la situation en Belgique… ?

Imaginez que de l’autre côté du périphérique parisien l’on parle flamand, et qu’à Boulogne-Billancourt, qui compterait 80% de Francophones, il soit interdit à ces derniers de parler français au conseil municipal, sous peine de poursuites.

Imaginez que les Francophones de Boulogne n’aient le droit d’aller dans une école francophone de Boulogne, qu’en maternelle et en primaire. Que ces écoles soient gérées par le gouvernement des Flamands, et qu’il soit interdit au maire, sous peine de suspension, de s’adresser à un instituteur francophone en… français (sauf hors du cercle professionnel).

Imaginez que les Flamands y auraient coupé Arte, FR3 et TF1 au profit de chaînes anglophones. Imaginez qu’il y serait interdit d’envoyer des convocations électorales en français aux Francophones, sous peine de suspension. Et que l’on appellerait Boulogne-Billancourt une «commune à facilités». C’est cela, la question linguistique en Belgique aujourd’hui. Ah oui. Imaginez enfin que les Francophones aux droits si limités seraient installés là depuis deux, trois, quatre ou cinq générations. De vrais immigrés, en quelque sorte. Mais dans leur propre pays. Oiges nous donne un bel exposé, où le mot «racisme» apparaît plusieurs fois. Il s’agirait du racisme des Francophones envers les Flamands. C’est étrange, parce que les seuls Flamands qui font état de ce racisme habitent… en Flandre.

Je n’ai jamais entendu un Flamand habitant la Wallonie se plaindre d’une telle chose. C’est étrange, parce que les Francophones ont été sortis de Flandre (notamment de l’Université de Louvain) sous le slogan «Walen Buiten», que l’on trouve aujourd’hui encore sur beaucoup de murs en Flandre.

C’est étrange, parce qu’en réponse à cela, j’ai lu, pour la première fois, le tag «Flamands dehors» voici un mois, sur le parlement flamand, situé à Bruxelles, à 85% francophone (ndlr: en réalité à 92% francophone, Lien), mais capitale de la Flandre (ndlr: en violation de la loi, Lien). Un tag, aussitôt effacé par un ouvrier flamand. Les tags «Wallons dehors» ne sont, eux, presque jamais effacés. Efficacité avant tout. Quant aux panneaux «Là où les Flamands sont chez eux» qui ornent l’entrée de plusieurs communes flamandes, quelquefois même des ponts entiers, et ce, sur les ordres de l’autorité locale, il ne sont pas racistes. C’est une simple précision.

Vous sortez du périph pour aller à Asnières, et à la sortie, on vous assène «Asnières, là où les Flamands sont chez eux». Et ce n’est pas raciste. Ensuite, sur un blog, on vous dit : vous, les Francophones, vous êtes des racistes. Ce n’est pas du surréalisme belge, c’est tout simplement la vision flamande d’aujourd’hui, et c’est tout simplement atterrant. Raciste, le wallon? C’est bizarre, parce que le site Wallonie.be existe en 6 langues, alors que le site Flandres.be n’existe qu’en néerlandais et en… anglais. SI on veut la version francophone, on tombe sur une page qui dit que c’est en construction, et qu’en attendant, on doit aller sur l’une des deux autres versions. C’est même très bizarre, parce que pour qui parle couramment le néerlandais (ce qui est mon cas), il y a sur le site Vlaanderen.be tout un chapitre qui explique aux habitants de Flandre quand ils ont le droit (ou pas) de parler une autre langue que le néerlandais, alors que sur le site wallon, rien de tel.

Pourtant, il y a des communes à facilités en Wallonie aussi, et là, il n’y a pas de loi antiflamands. C’est même terriblement bizarre, quand on sait que l’extrême-droite, ouvertement raciste, est le premier parti au parlement flamand, que celui-ci assimile les francophones aux «autres allochtones» : paresseux, profiteurs, étrangers. Alors qu’en Francophonie, le FN doit se contenter d’un siège, obtenu tout juste. Bien sûr, il y a l’histoire. Bien sûr, il y a cent ans de domination francophone, mais cette discrimination tenait avant tout de la ségrégation de classe : ces Francophones qui ont brimé les Flamands étaient en réalité des bourgeois et des nobles … flamands.

La preuve? Ils portaient des noms flamands. N’allez pas me dire que Woeste ou Van de Berghe sont des noms français! Bien sûr, les Wallons ont eu un sort plus confortable que les Flamands pendant la grande guerre … c’est dans une langue proche de leur dialecte qu’on leur expliquait comment se faire charcuter sur le champ de bataille. Alors que les Flamands sont morts pour n’avoir pas compris les ordres (ndlr: lire aussi Le mythe flamand de la Grande Guerre 14-18). Tout de même, après 3 ou 4 ans de guerre, on peut supposer que la plupart d’entre eux étaient suffisamment intelligents pour comprendre le français? Mais plus sérieusement, oui, il faut le reconnaître, impérativement : il y a eu de graves injustices envers les soldats flamands pendant la grande guerre, comme avec les Bretons bretonnants, les Germanophones ou les Corses en France, comme avec les Harkis plus tard, comme avec les tirailleurs sénégalais. Et évidemment, les épitaphes en français pour des soldats flamands étaient une infamie. Mais c’était en 1914. De 1940 à 1945, bien des nationalistes flamands se sont associés aux nazis pour défendre leur «cause» (alors que depuis 1930, il y avait des bataillons flamands et des bataillons francophones).

Bien des Francophones sont morts en stalag ou sous la torture de ces gens. De cela, les Flamands ne vous parleront jamais. Pire : très récemment, le patron de la NVA (nationaliste de droite non extrémiste; ndlr: lire cependant Portrait de Bart De Wever), Bart De Wever a cru nécessaire de faire un tout petit peu de révisionisme en critiquant les excuses que le maire d’Anvers venait de faire aux Juifs pour les exactions de sa police, de 1940 à 1945. (Bart de Wever s’en est excusé en petit comité devant les Juifs d’Anvers, mais a «oublié», comme il l’avait promis, de diffuser ces excuses dans la presse, suite à quoi les Juifs d’Anvers, très modérés, ont dit refuser ces excuses si privées). L’histoire n’est pas simple. L’histoire de Belgique moins encore. Alors revenons à l’actualité: il y a quelques signes qui ne devraient tromper personne, et qui sont autant de signaux d’alarme que l’ambiance complexe du pays et le double langage de certains rendent presque imperceptibles, au point qu’aucune presse ne les relève.

Il y a de quoi s’alarmer. Oui : s’alarmer! Quand tous les partis flamands, socialistes inclus votent, avec les néo-nazis antifrancophones du Vlaams Belang, un projet de loi visant à supprimer la possibilité pour les Francophones de «Boulogne» ou d’ «Asnières» d’être jugés dans leur langue ou de voter pour des partis francophones – eux qui sont installés là depuis quelquefois quatre ou cinq générations. (Je précise toutefoisque les verts flamands se sont abstenus… mais n’ont pas voté contre.) S’alarmer, quand les sociaux-chrétiens applaudissent avec les néo-nazis, se félicitent ensemble, pour le bon tour qu’ils ont joué aux Francophones. Ce n’est pas Sarkozy serrant la main de Le Pen, non. En Belgique, c’est carrément Bayrou qui danse la gigue avec Mégret ou Golnisch. S’alarmer! Quand le Vlaams Belang, toujours lui, veut mettre une loi à l’agenda de la chambre. Cette loi exige la séparation immédiate du pays. Le préambule de 30 pages est une véritable diatribe antifrancophone.

Dans tout pays occidental, tous les partis démocrates voteraient contre. En Belgique, non : même des chrétiens démocrates flamands, des libéraux flamands, des indépendantistes démocrates flamands se croient obligés, en pleine négociation gouvernementale avec les Francophones, de s’abstenir, plutôt que de se lever d’une voix contre l’extrême-droite. On vous expliquera que la démocratie, en Flandre, c’est de laisser libre cours à l’expression des idées fascistes (et authentiquement fascistes) de l’extême-droite au nom de la liberté d’expression. Ce sont ces mêmes partis qui, interrogés par une presse étrangère, affirment haut et fort qu’ils sont absolument contre une éventuelle séparation du pays. S’alarmer, donc, quand la complaisance envers les idées du parti néo-nazi le plus puissant d’Europe (qui n’est rien de moins que le premier parti au parlement flamand…) a inondé les cénacles et la presse. Non pas par peur de leur violence, mais par peur de l’opinion publique.

S’alarmer quand un membre de ce parti diffuse sur son site la liste des «Mauvais Flamands», soit celle des signataires d’une pétition pour la solidarité entre les deux communautés, nom, prénom, adresse. Celui qui a connu Vichy devrait, à la lecture de cette dernière phrase, commencer à trembler. Mais bien sûr, c’est du passé, tout ça! Noir tableau que celui que je dresse là? Oui, noir, à dessein, ET par la force des choses. Mais ce sont des faits que je reprends ci-dessus, pas des discours, des simples faits, vérifiables, précis. Autre fait : en 1999, le Parlement flamand a voté une série de lois qui définissaint l’avenir de la Belgique. Ceci devrait convaincre : 60% de la population a décidé de l’avenir de 100% de la population, sans consulter les 40% restants. C’est comme si les Suisses allemands décidaient de tout et imposaient ensuite leurs décrets aux Suisses francophones. Pardon, ce n’est pas «comme si», c’est «exactement comme si». Aujourd’hui, les représentants de ce parlement «négocient» avec les francophones pour faire passer leurs décrets unilatéraux, qui comprennent notamment la scission de la sécurité sociale. Et pour mieux faire «accepter» ces idées, ils expliquent à qui veut l’entendre (et l’écrire) que c’est à l’avantage des francophones, que ceux d’entre ces derniers qui disent «non» les «humilient» (c’est le terme exact utilisé par Bart de Wever, président d’un des partis qui négocient le futur gouvernement avec les Francophones).

Ils disent aussi que le Francophone est un profiteur et que Bruxelles s’enrichit de l’argent flamand. Bruxelles? 85% de Francophones (ndlr : 92% en réalité), un PIB par habitant proche du double de celui de la Flandre. La seule vraie région très riche du pays. A qui l’on ne rend qu’un quart des produits fiscaux qu’elle génère. Mais cela, on oubliera de vous le dire, parce que pour tous les partis flamands, Bruxelles, 1.200.000 personnes, dont un million de francophones, est la capitale de la … Flandre.

Ceux qui n’auront pas compris que la Flandre veut prendre tout ce qui l’intéresse et abandonner tout ce qui n’est pas assez riche pour elle sont aveugles. Ceux qui n’auront pas considéré le décalage entre l’électeur flamand, qui se dit modéré, Belgicain, non-séparatiste, et le même, qui a voté à 65% pour des partis ouvertement confédéralistes (qui voient la future Belgique comme l’association de deux états) et à 30% nationalistes purs et durs (dont 20% d’extrême-droite), ceux-là sont des utopistes. Mais le problème de l’extrême droite est soigneusement laissé de côté dans la presse flamande autant que dans la politique.

Mauvaise image. Oulah! La mauvaise image! Pourtant, en Flandre, c’est avéré, Le Pen fait mieux que Sarko. Et ça ne dérange personne. Tache d’huile : le journal le plus lu de Flandre n’utilise déjà plus le terme « Régions », qui correspond à la définition légale (on peut penser que cela intéresse les journalistes). Elle utilise plus généralement le terme « états fédérés », qui correspond à sa vision et à celle des partis. Or deux états fédérés sont bien deux états distincts. Une presse qui se détache à ce point de la sémantique nationale (belgicaine) ne fait plus du journalisme, elle fait du militantisme. J’ai bien dit « militantisme », pas « propagande ». Je n’ai pas écrit « propagande », parce que seuls 80% des journaux flamands en sont vraiment déjà là. Et pour cette dernière phrase, je reconnais que j’ai pêché : ce chiffre n’est pas vérifiable.


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10 Responses to “BHV expliqué aux français par un journaliste français qui connait , parle et comprend le néerlandais.”

  1. loran loran Says:

    C’est impressionnant ce que tu écris.
    Je savais qu’il y avait une guerre intestine entre wallons & flamands, mais ce que tu décris est impressionnant.
    A ton avis, ça va déboucher sur une scission ? 2 pays différents ?

  2. Hugues Hugues Says:

    Il me paraissait important de vous signaler que contrairement à ce qui est écrit dans votre note, ce texte n’a pas été écrit par un journaliste Français (ni publié dans Libé comme on le dit souvent).

    Il a été écrit par Marcel Sel, un belge, en réponse à un intervenant sur un forum (celui de Libé précisément). 

    http://blog.marcelsel.com/archive/2010/06/16/imaginez.html

    Il existe un groupe facebook où ce texte a retrouvé son auteur : 
    http://www.facebook.com/group.php?gid=6241164751&ref=ts

    Je suis sûr que vous aurez à coeur de rectifier en éditant votre article au vu de ces informations,

    Meilleures salutations, 

    HLA

  3. Mat Mat Says:

    Je comprends que tu sois ulcéré mais ce très long article reflète une grande partialité…lui aussi.
    Longue vie à la Belgique.

  4. Lledelwin Lledelwin Says:

    Explication très claire, très didactique…
    Il manque juste une précision : les francophones des communes à facilité sont parfois installés là depuis deux, trois, cinq générations… parfois aussi ils ne sont venus de nul part, ils y ont toujours habités, ce sont des gens qui ont choisi d’adopter le français comme langue à une époque où c’était la langue de la culture, de l’élite, de la bourgeoisie et qu’en guise de langue flamande n’existaient qu’une successions de patois et dialectes. (L’uniformisation du flamand en tant que langue, c’est assez récent). Ces gens-là, ils ne sont pas des immigrés, pourtant ils sont fréquemment sommés de « rentrer chez eux » en Wallonie. Parce qu’il est inconcevable qu’on puisse être flamand et francophone.
    On peut également ajouter que si le terme Région est abandonné au profit d’états fédérés, c’est parce que des régions, il y en a trois: La Flandre, la Wallonie et Bruxelles et qu’elles ne se chevauchent que partiellement avec la répartition de la population néerlandophone, francophone et germanophone tandis que des états fédérés, il n’y en aura que deux : la Flandre et la Wallonie, Bruxelles (re-devenant) une simple ville, co-gérée conjointement par des élus locaux et les deux états…

  5. Lledelwin Lledelwin Says:

    Explication très claire, très didactique… Il manque juste une précision : les francophones des communes à facilité
    sont parfois installés là depuis deux, trois, cinq générations…
    parfois aussi ils ne sont venus de nul part, ils y ont toujours habités,
    ce sont des gens qui ont choisi d’adopter le français comme langue à
    une époque où c’était la langue de la culture, de l’élite, de la
    bourgeoisie et qu’en guise de langue flamande n’existaient qu’une
    successions de patois et dialectes. (L’uniformisation du flamand en tant
    que langue, c’est assez récent). Ces gens-là, ils ne sont pas des immigrés, pourtant ils sont fréquemment sommés de « rentrer chez
    eux » en Wallonie. Parce qu’il est inconcevable qu’on puisse être flamand
    et francophone.On peut également ajouter que si le terme Région est abandonné au profit d’états fédérés, c’est parce que des régions, il y en a trois: La Flandre, la Wallonie et Bruxelles et qu’elles ne se chevauchent que partiellement avec la répartition de la population néerlandophone, francophone et germanophone tandis que des états fédérés, il n’y en aura que deux : la Flandre et la Wallonie, Bruxelles (re-devenant) une simple ville, co-gérée conjointement par des élus locaux et les deux états…

  6. Marcel Sel Marcel Sel Says:

    Bonjour, ce texte est de moi et pas d’un journaliste français. Vous trouverez tous les détails ici : http://blog.marcelsel.com/archive/2010/06/16/imaginez.html
    Comme il est devenu une sorte de tract qui circule (bien), je vous autorise à le publier, mais vous demande de me citer en tant qu’auteur, et si vous en aviez le courage, ce serait bien de reprendre le texte corrigé (moins de fautes d’orthographe) à l’adresse précités (avec ou sans le préambule, au choix.)
    Depuis, j’ai écrit Walen Buiten, une réflexion sur notre avenir, aux éditions Jourdan.
    Merci d’avoir aimé ce texte.
    Marcel Sel
     

  7. Henri Viteux Henri Viteux Says:

    Imaginez que de l’autre côté du périphérique parisien ou on parle Français, et qu’à Boulogne-Billancourt, qui compterait 80% de Flamands? On leur donne le droit de s’exprimer en flamand au conseil municipale ? Des écoles Flamandes ? La constitution française traduite en Flamands ? Tous les papiers gouvernementale, légale, communale et autres en Flamands ? et oui bien sûr , pourquoi pas ? on vient de le faire avec les Gitans Roumane … on les renvoit , chez eux c’est tout en Roumain … simple non ?

  8. Charles Charles Says:

    Il s’agit bien évidemment d’un texte écrit par un belge, et non-pas un journaliste français.
    Soigneusement on a oublié de parler de Léon Degrelle.

    en fondant le mouvement Rex, au départ parti nationaliste proche des milieux catholiques, qui devint rapidement un parti fasciste, puis durant la Seconde Guerre mondiale, se rapprocha du national-socialisme, pour finir dans la collaboration avec l’occupant allemand. Combattant sur le front de l’Est avec la 28e division SS Wallonie, il termina la guerre en tant que SS-Obersturmbannführer et Volksführer der Wallonen.

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